Michel DÉGAGE, Francken BUITEN ! Théo FACHO, Michel COLLABO !

Depuis un mois, j’héberge des réfugiés (des libyens, des érythréens, des éthiopiens, des soudanais…). J’ai un tout petit appartement mais moi, ça me semble impensable de laisser des personnes comme cela dehors dans la rue. Dans l’insécurité surtout. Non seulement dans le froid mais aussi dans la peur. Et je suis allée par deux fois, visiter – en centre fermé – deux de mes invités. Je n’aime pas les qualifier autrement. Ils se sont fait avoir par la police. Leur projet, c’était d’aller vers l’Angleterre. Tous les deux jours, ils essayent de partir là-bas. Comme ils ont passé quelques jours chez moi, je suis (quand même) inquiète pour eux. J’essaye de garder le contact par sms ou téléphone. J’ai perdu contact de deux d’entre eux et j’ai appris qu’ils étaient enfermés. L’un à Steenokkerzeel et l’autre à Merksplas. L’un d’entre eux est en couple et futur papa. Sa femme est chez moi. Je dirais que c’est dramatique.

Changement de gouvernement ou changement de la politique. C’est clair. Ils sont au Parc Maximilien. Qu’est-ce qu’on leur offre ? Si, nous, simples citoyens n’avions pas mis en route un système participatif de solidarité… Mais est-ce que quelqu’un du gouvernement va au Parc Maximilien pour savoir ce qui se passe ? Mais non. C’est une aberration.

On n’est pas d’accord avec cette politique actuelle qui est menée et qui est intolérable, intolérante. Si on ne se montre pas et si on ne montre pas notre colère ce sera trop vite gagné. On veut que cela soit visible dans les médias. Ce n’est pas un petit fait divers qui se passe d’une semaine à l’autre. On restera là pour éviter que ça ne s’aggrave encore. On ne veut pas que cela se passe comme ça. Ce n’est pas uniquement Francken, c’est le système complet qui est en cause. Après lui, ce sera un autre. Le but, c’est de remettre en question tout le système.

C’est tout à fait incompréhensible que ce gouvernement ne daigne pas entendre la voix des citoyens. Un gouvernement qui ne respecte pas les droits de l’homme. Un gouvernement qui collabore avec la police secrète d’une dictature…quelle est encore la légitimité de ce gouvernement ? La légitimité d’un gouvernement ne tient pas seulement aux nombres de voix qu’il a récolté pendant les élections. La légitimité d’un gouvernement tient à la politique qu’il mène. Au respect des droits internationaux. Hors, ce gouvernement bafoue les droits internationaux.  Il nous envoie un secrétaire d’État qui vient mentir devant les députés. Quelle est encore la légitimité de ce gouvernement ??? Il faut qu’il dégage, s’est terminé.

Il n’y a que les combats que l’on ne mène pas qui sont perdus d’avance.

Il me fout les jetons Franckenstein. J’ai toujours eu peur de Franckenstein et je ne pensais pas qu’il existait. J’ai l’impression qu’il fait ce qu’il veut et qu’il a l’air d’être incompétent et d’avoir une méconnaissance des lois. Entre autres. Parce que j’ai l’impression que par moment, on s’endort. Et je n’aime pas cette idée d’être endormi dans un train-train quotidien quand d’autres, on leur train-train quotidien qui n’est pas un train-train. Les réfugiés sont obligés d’être éveillé tout le temps. Je trouve cela trop extrême.

Je ne suis pas quelqu’un qui est engagé politiquement. Je suis juste sensible au sort des réfugiés. Je suis sensible à l’image véhiculée par le pays au travers d’un gouvernement que je n’aie pas choisi, que je subis mais que je respecte. Je crois que l’on peut influencer les décisions du gouvernement en manifestant…Si, il faut se battre, je me battrai. Oui. Effectivement, c’est moins drôle mais il faut l’envisager…Je crois que pour l’instant, heureusement (encore), nous sommes dans un pays démocratique. Mais le jour où cela ne sera plus le cas, effectivement je me battrai. Pour la démocratie. Pour le respect des droits de l’homme.

Cela va faire 20 ans que l’on est dans des trucs pareils. Ça ne nous rajeunit pas. Le 22 septembre 2018, pendant 3 jours, il y aura la célébration des 20 ans de l’assassinat de Samira Adamu. Vous pouvez l’annoncer pendant 1 an à la radio toutes les semaines, tous les jours. Il faut un maximum de monde. Il faut profiter de cette occasion pour parler d’aujourd’hui parce que, c’est le but premier et en même temps de célébrer Samira…Une chanteuse. Femme. Noire. Assassinée par 9 hommes. Policiers. Blancs.

Je suis responsable de la voix des sans-papiers à Liège. Nous, les sans-papiers, nous somme fatigués. La semaine passée, je suis sorti d’un centre fermé où j’étais depuis deux mois. J’ai été contrôlé dans un bus et comme je n’ai pas de papier…

PAROLES DES GENS A LA MANIFESTATION DU 13 JANVIER 2018 A BRUXELLES – PHOTO : ISABELLE MARCHAL