« IL FAUT UN LOBBY TRANSVERSAL SUFFISANT POUR FAIRE SAUTER LE STATUT DE COHABITANT. »

Quelqu’un qui a des revenus aussi bas que le chômage, que le revenu d’intégration sociale, que la maladie ou invalidité, etc., est [devrait être] libéré du statut de cohabitant. La différence qu’il va garder – et non qu’il va gagner ! – , va partir directement dans l’économie réelle puisque c’est simplement pour vivre un tout petit peu mieux ou un tout petit peu moins mal. De plus en termes macroéconomiques c’est vraiment une imbécilité de continuer à appauvrir toujours plus les gens. C’est vraiment une imbécilité puisque c’est de l’argent qui ne retourne pas dans le circuit financier. Qu’est-ce que l’on attend pour se mettre au travail pour que ça sorte ? Il faut un lobby transversal suffisant pour faire sauter le statut de cohabitant.

On ne dit pas que c’est la seule manière de réduire la pauvreté, mais honnêtement quand on entend la vie des gens sur le plan du portefeuille, d’une [certaine] liberté, de recouvrer des droits à la vie privée c’est quand même la première solution à prendre en compte et le premier à mettre en place.

Une partie des gens perdent de l’argent en allant travailler et c’est justement [à causes] de ces règles de la cohabitation, de taux de ménage, etc.

Si on veut changer ça, on doit le faire progressivement. On ne peut pas du jour au lendemain changer les règles comme ça. Il y a des familles, des couples, des personnes qui ont construit leur vie dans ce système. Donc, si on change tout c’est la catastrophe. Il faut se donner le temps. Et la priorité est qu’on ne peut pas parler de pensions, de sécurité sociale sans parler d’emplois…

En fait, dès que l’on revient en arrière, dès que l’on prend des mesures, on tombe sur ce que l’on appelait non pas les « cohabitants », mais les « femmes mariées » . C’était tout à fait clairement identifié et le changement de terme a été révélateur. Par exemple on exclut les  » chômeurs  » dont le mari travaille au moins 4 jours/semaine. On exclut les femmes chômeuses dont le conjoint touche des allocations du Fonds national de crise (FNC), l’ancêtre des allocations de chômage. On passe aussi à l’obligation de pointer. Et puis, en 1934 encore des pouvoirs spéciaux…les allocations du chômeur dont l’épouse travaille sont réduites de 25%. Les femmes ne sont plus embauchées dans l’administration et les femmes au travail, mariées ou non (dans ces administrations), sont remplacées par des hommes chômeurs. Et pour vous dire, on a : 113 956 chômeurs qui perdent leurs droits aux allocations entre 1933 et 1934. Donc, vous voyez que la chasse aux chômeurs n’est pas nouvelle.

Qui sait ça ? Qui sait que si l’ONEM vous considère comme cohabitant parce que vous êtes sur la composition de ménage, il vous suffit de faire la preuve du contraire. Alors, il vous « suffit » ce n’est pas si simple évidemment. Parce que c’est quoi faire la preuve du contraire ? Il y a eu un arrêté récent (année 2017) de la Cour de cassation qui a été salué de manière victorieuse et importante et parfois un peu trop joyeuse. Je me suis dit :  » Houla, ça va donner des espoirs démesurés à certaines personnes parce qu’il faut bien mesurer ce qu’il y a là-dedans… »

Cela règle des choses pour des gens qui sont dans des logements où ils partagent certaines pièces, mais par exemple dans la cuisine, il faut que chacun ait sa colonne avec ses étiquettes. Il faut que dans le frigo, il y ait aussi des étiquetages qui disent à qui est-ce. Et même les produits de ménage, il faut qu’ils aient leurs propres produits. Il ne faut pas croire que cet arrêté est un truc miraculeux.

J’en profite pour dire qu’il y a plein d’études qui montrent que la fraude sociale n’est vraiment pas importante dans ce pays [Belgique]. La principale fraude – comme vous l’avez dit tout à l’heure aussi – est le statut de cohabitant ou le statut d’isolé. Pour moi, ce n’est déjà pas une vraie fraude.

Il faut clairement supprimer le statut de cohabitant, mais en veillant à voir la formule qu’aucune allocation ne soit inférieure au seuil de la pauvreté. On peut dire qu’aucune allocation ne soit inférieure aux taux d’isolé actuel.

On peut imaginer un phasage entre les deux. Enfin, je pense que c’est clairement une suppression du statut de cohabitant qu’il faut faire de manière prioritaire. Qui est facile à mettre en place. Qui représente un levier d’économie réelle parce que ce n’est pas les « cohabitants » qui vont mettre cet argent dans les îles Caïmans.

CHRISTINE MAHY, CHRISTINE STEINBACH, SOIZIC DUBOT, PHILIPPE DEFEYT ET YVES MARTENS –

COLLOQUE ORGANISÉ PAR LES ÉQUIPES POPULAIRES EN OCTOBRE 2018