PLACE DE LA RÉSISTANCE À ANDERLECHT (BRUXELLES) AVEC UNE TRAVAILLEUSE SOCIALE ET LES OUTILS ARTISTIQUES. La première chose que j’ai envie de dire : je pense qu’il y a urgence aujourd’hui à comprendre le côté crucial et vital de ce travail dans le contexte que l’on vit.

Le financement du secteur social ne se fait pas par fonds privé. Il se fait par fonds public. Que cet argent qui est un bien commun, serve à un bien commun.

La tentation du politique est grande de mettre de l’argent dans des choses qui vont briller, qui vont faire du bruit, qui seront médiatiquement intéressantes.

Dans le contexte où nous sommes, il y a cette tentation aussi de rassurer les gens. Et donc, il y a effectivement énormément de projets où il y a un mot qui est beaucoup utilisé pour le moment pour sortir de l’argent public, c’est le mot : déradicalisation…

Je pense que toutes les personnes – et je dis bien toutes sans exception avec qui j’ai discuté dans le secteur – on est tous d’accord pour dire que ce travail-là (de déradicalisation) – je ne vais pas dire qu’il ne sert à rien…Je vais faire un parallèle avec le rapport à la médecine. En médecine occidentale, on soigne après que la maladie se soit installée et souvent bien installée. Et en plus de cela, on soigne – non pas la cause mais les symptômes – La médecine chinoise aborde les choses complètement différemment. En Chine, un médecin est payé tant que la personne n’est pas malade. Quand la personne est malade : il est viré. Parce que l’on fait un travail de prévention. Et, je pense que tout le travail de cohésion sociale : c’est un travail de prévention.

Contrairement à l’autre partie d’Anderlecht, Cureghem  est vraiment en première ligne par rapport aux différentes vagues migratoires. C’est un quartier où se retrouvent les gens qui sont terriblement défavorisés. En situation extrêmement précaire. Oui, oui, il y a très, très fort un sentiment d’abandon de la part de la population qui vit là.

St.Gilles aujourd’hui est devenue impayable donc, les gens commencent à trouver d’autres quartiers et Cureghem est entrain de devenir ça. C’est juste à côté. C’est une forme de boboïsation qui est tout doucement en marche…

Il y a le discours officiel qui est un très, très beau discours de – vivre ensemble de – cohésion sociale – Et puis, dans le fond, les priorités ; elles ne sont pas là. C’est mettre de l’argent dans des choses qui ramènent  des voix électorales. Et puis (je vais pousser un cran plus loin) qui entretiennent les peurs paradoxalement. Parce que les peurs, cela rapporte pour certains. Cela justifie un état de surveillance. Cela justifie plein de choses. Et ça arrange beaucoup, beaucoup de monde cette société de la peur. Et donc, là, on est dans un paradoxe complet mais qui une fois qu’on l’analyse un peu est logique – selon du point de vue où l’on se trouve – On a l’impression parfois de se battre contre des moulins à vent. Je n’ai pas envie (non plus) de donner une image complètement dramatique parce que ce n’est pas le cas du tout. Dans le travail que l’on fait au quotidien, il y a des vrais bonheurs à voir ce que cela apporte aux gens (qui participent aux activités) à quel point cela peut les transformer…

C’est un travail de fourmis qui je pense porte ses fruits sur du long terme. Qui est durable. Qui transforme les gens. Mais, ce n’est pas quantifiable et là, il y a une vraie difficulté à le faire valoir aussi au niveau des pouvoirs subsidiants…En réponse, ils nous demandent de faire du chiffre…Parce que le travail que l’on fait, c’est juste semer des petites graines et on n’est pas là, pour voir comment cela pousse après…

VALERIE