UN FLIC TIRE 3 COUPS À BOUT PORTANT SUR UNE PERSONNE SDF EN BELGIQUE. LES MÉDIAS (dominants) S’EMPARENT DE L’AFFAIRE POUR RACONTER LEUR VERSION. ET L’HISTOIRE AURAIT PU SE TERMINER LÀ SAUF QUE LA SOCIÉTÉ CIVILE S’EN MÊLENT SAUF QU’IL Y A DES AVOCATS QUI NE FONT PAS DE L’OPTIMISATION FISCALE POUR LES RICHES. RENDEZ-VOUS LE 21 JUIN 2019 À 09H00 AU PALAIS DE JUSTICE POUR CONNAÎTRE LE VERDICT.

Je suis avocate et j’essaye d’exercer ce métier de la manière la plus alternative possible. Mettre le droit au service des plus démuni.e.s et de faire du droit une arme pour arriver à une société un peu plus juste que la société dans laquelle on vit actuellement.

Ce que j’explique tout le temps aux gens c’est que j’envisage mon métier plutôt comme un métier de traduction. Le droit c’est le langage du dominant sur le dominé. C’est la manière dont l’État – et l’État appartient aux riches – parle à la population. Et souvent la population ne comprend rien. Il suffit de lire un jugement, d’aller à un prononcé d’un jugement et vous n’allez rien comprendre. Et les juges ne comprennent pas [non plus] ce que les gens leur disent. Et donc, moi, j’envisage mon boulot comme un boulot de traductrice. Je traduis les revendications des gens en termes juridiques et je traduis ce que les juges répondent dans un langage ordinaire.

Je pense qu’il faut d’abord comprendre que le droit n’est pas juste. Le droit n’est pas fait pour être juste. Le droit c’est juste ce qui est légal. Pour comprendre ça facilement : l’esclavage ou même l’Holocauste était légal à l’époque où ils étaient pratiqués. On sent bien que ce n’est pas juste. Le droit c’est ce qui est légal et ce qui dans une société donnée semble légitime. Parce que les gens ont besoin de légitimité. Et souvent le pauvre, le migrant, le sans-papiers, la femme battue, le SDF n’ont aucune légitimité dans notre société.

Par contre le juge, l’avocat sont des personnes légitimes. Personne ne le dit ouvertement comme ça, mais c’est un fait sociologique que si un juge vous dit quelque chose cela a l’air vrai. Si un SDF vous dit quelque chose, vous allez penser qu’il vous ment, qu’il essaye de vous arnaquer ou autre(s) chose(s).

Il y a sûrement plus de juges qui sont des arnaqueurs que des SDF. Mais c’est un fait sociologique, il y a des gens dont la parole a une autorité et des gens qui ne sont absolument pas entendus dans la société.

C’était une injustice qui j’espère va pouvoir être réparée. Ça s’est passé le 17 septembre 2018. M. Ahmed Elasey est SDF à ce moment-là depuis à peu près un an et demi. Il vivait en Flandre. Il avait un appartement. Et puis, suite à une rupture, c’est la dégringolade. Il ne paye plus son appartement. Il est mis dehors et puis en Flandre ça ne se passe pas très bien. Il vient à Bruxelles et dans un premier temps, il essaye de ne pas dormir à la rue. D’aller au Samusocial. Mais vous devez savoir qu’au Samusocial, il faut faire la file. Quand il n’y a plus de places, il n’y a plus de places.

Petit à petit, M. Ahmed Elasey s’isole de plus en plus. Il finit sur des cartons. Fragile et démunit, il dort tout seul devant l’Office des étrangers en face du parc Maximillien. Il est aidé par l’Ilot qui est un hébergement de jour où il va de temps en temps boire un café, laver ses affaires. Mais en dehors de ça, c’est la vie d’un SDF.

Ce que M. Ahmed Elasey explique c’est qu’il est constamment harcelé par la police. Il dit que les policiers le maltraitent et qu’ils volent ses affaires. Ce qu’il faut savoir c’est que les zones de police envoient des policiers pour faire « dégager » – l’avocat de la zone de police lors du procès disait : « Déguerpir » les SDF tous les matins.

Il y a des patrouilles qui ont comme fonctions d’aller faire « déguerpir » les SDF. Alors évidemment comme ça se passe tous les matins, le SDF, lui le ressent comme du harcèlement.

Ce n’est pas un policier qui a l’idée d’aller harceler un SDF, c’est du harcèlement institutionalisé, disons. Surtout qu’on leur demande de dégager sans leur donner un autre endroit où aller. Donc, chaque patrouille à la responsabilité d’un périmètre…

Monsieur Ahmed Elasey se plaint de ça. Il dit que parfois ils sont brutalisés et il ajoute qu’on lui vole ses affaires. Du point de vue des policiers c’est qu’après avoir fait dégager les SDF, ils doivent ramasser leurs crasses et les mettre à la déchèterie. Mais leurs crasses c’est tout ce que les SDF possèdent donc, eux le ressentent comme un vole de leurs affaires.

Ce jour-là, il est 08h00 du matin, la patrouille arrive pour faire dégager les SDF. Ils sont 5 policiers et 2 SDF. Il y en a un [SDF] qui dégage et M. Ahmed, lui ne veut pas partir. Il dit : « Ça suffit, on m’a fait déguerpir trop de fois. Je ne bouge pas. Ici c’est chez moi. C’est mon carton. » Il y a une chaise. Il s’assied sur cette chaise. Il s’allume une cigarette et dans sa main, il a un Opinel avec une lame de 4 -5 cm. Pas une arme effrayante. Et il la tient. Les policiers lui disent de lâcher ce couteau et il répond non de la tête.

Là, les policiers le gazent avec du pepper spray et ils le matraquent. Du coup, il se lève pour partir. Les policiers l’encerclent pour l’empêcher de partir alors que le but initial était qu’il dégage. Il se fait une nouvelle fois matraquer. Il se fait encore gazer au pepper spray à trois reprises. Puis, il est plaqué contre le mur de l’Office des étrangers et un policier essaye de lui faire une clef de bras pour qu’il lâche son couteau. Alors que lui fait un geste pour se dégager de cette prise, le policier est blessé à la tête. Les médecins qui ont examiné le policier ont dit : « Une égratignure superficielle. » Ce policier qui est blessé est évacué et quelques secondes plus tard un policier tire trois fois. Il tire en direction du thorax de M. Ahmed Elasey. Il [le policier] a dit : « Je visais le buste. » Une fois au niveau du ventre. Une fois au niveau de la jambe. Et la dernière, la balle rate son coup. M. Ahmed s’effondre. Alors qu’il est couché par terre, il est encore matraqué et on lui met les menottes en attendant l’ambulance. Il est amené à l’hôpital Saint Pierre aux soins intensifs.

M. Ahmed est qualifié de tentative de meurtre à l’égard de 4 policiers, de rébellion armée et de port d’arme prohibée d’un couteau à cran d’arrêt. M. Ahmed est condamné à 5 ans de prison de ces trois chefs.

Moi (Selma Benkhelifa), j’ai été contactée par des gens qui ont suivi cette affaire et qui ont été au prononcé du procès. Ils savaient que je m’étais intéressée à l’histoire parce qu’à l’époque, j’avais écrit un article en disant que ce n’est pas normal qu’un policier tire sur un SDF et j’ai fait appel…

SELMA BENKHELIFA – AVOCATE –